Dixième station

Jésus est dépouillé de ses vêtements

Lecture

Les soldats prirent ses vêtements et firent quatre parts, une pour chaque soldat, et la tunique. Cette tunique était sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas ; ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, mais tirons plutôt au sort celui qui l’aura. » Ainsi s’accomplissait l’Écriture : « Ils se sont partagé mes habits, ils ont tiré au sort mon vêtement. » Voilà ce que firent les soldats. (Jn 19, 23-24)


Méditation

Seul, tu es seul Seigneur. Abandonné de tous.

Toi aussi, tu l’as connu ce vertige de la solitude et de l’abandon. Tu l’as éprouvée, cette intolérable douleur provoquée par l’amour refusé, blessé, trahi, crucifié.

Tu es seul face à toi-même ; ton cœur rumine et rumine encore le pourquoi de ta passion. Ton amour, rejeté ! Ta prévenance pour tant d’hommes et de femmes, laissée de côté ! Peut-il y avoir de plus grande souffrance que celle du rejet ?

Maintenant, tu n’as personne à qui parler, personne à qui crier ta douleur !

Ce n’est plus le temps où les foules s’amassaient autour de toi jusqu’à en oublier de manger. Le temps où les scribes et les pharisiens te tendaient des pièges. Non, il n’y a plus personne que cette foule en délire. Ce n’est plus par des paraboles et des exhortations que tu peux communiquer la raison de ta présence parmi les hommes. C’est dans le silence que s’exprime ta volonté d’aller jusqu’au terme de ta passion. Oui vraiment, le Verbe s’est fait chair, ton chemin de croix a fait de toute ta vie une parole.

Seul, seul, seul, quelle est longue et monotone, la litanie de la solitude !

Seul, seul, seul, cette blessure-là est plus brûlante, plus crucifiante encore que les plaies de tes mains et de tes pieds.

Le clou de la solitude, c’est dans le cœur qu’il est planté !

Mais ta solitude, ils s’en moquent, elle ne leur suffit pas... Voilà que maintenant ils t’arrachent les vêtements. Jusqu’où iront-ils pour pousser à l’extrême ton humiliation ? Tu es là, exposé à leurs yeux avides de curiosité. Ils te montrent du doigt. Ils désignent les blessures laissées par les lanières du fouet avec lequel tu as été battu. D’autres ricanent de voir ainsi celui qui s’est dit « Fils de Dieu ».

Mais que leur as-tu donc fait ? Que leur as-tu donc dit pour provoquer chez eux ce désir de te rabaisser ? Tu as désiré les grandir, et eux veulent t’avilir... Plus de prestige, plus de notoriété, tous les courtisans te tournent désormais le dos. Où sont-ils les flatteurs, ceux qui étaient à tes côtés lorsque ta réputation allait grandissante ?

Ainsi, ils t’ont retiré les vêtements, la dernière chose qui t’appartenait, et ils s’en sont emparés pour les jouer aux dés. Ces vêtements qui permettent même au plus démuni d’obtenir un semblant de dignité ! Te voici sans défense, à la merci de tous.

Tu ne t’es pas révolté, tu as vécu l’humiliation en silence. Un peu comme si tu voulais me montrer l’exemple pour que je parvienne à mon tour à me laisser dépouiller.

Tu es là, Seigneur, exposé, exhibé à leurs yeux, nu !

Quelle leçon pour moi ! Si au moins cela pouvait m’aider à me dépouiller de ce qui te fait obstacle dans ma vie.

Tous ces artifices, ces faux-semblants, toute la mise en scène dont je m’entoure pour paraître. Tous ces atours dont je me pare et qui m’éloignent de toi et des autres. Car je dois t’avouer que les autres me font peur. Je suis toujours tenté de jouer un personnage. Les masques, ça me connaît !


Seigneur, aide-moi à ne pas céder aux mauvais côtés de la mode de la société dans laquelle je vis. Aide-moi à comprendre qu’à tes yeux l’être compte plus que le paraître. Aide-moi à me libérer de la carapace qui m’empêche d’être ce que je suis.

Seigneur, fais éclater la gangue qui enserre mon cœur pour que je puisse aimer comme tu aimes.


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun