Douzième station

Jésus meurt sur la croix

Lecture

Après tout ceci, sachant que désormais tout était achevé, pour que l’Ecriture fût parfaitement accomplie, Jésus dit : « J’ai soif » Un vase était là, rempli de vinaigre. On mit autour d’une branche d’hysope une éponge imbibée de vinaigre et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli » et, inclinant la tête, il remit l’esprit. (Jn 19, 28-30)


Méditation

Les plus excités sont là ; comme des vautours, ils tournoient autour de la croix. Mais de quoi pourraient-ils encore te déposséder ? Quelles souffrances pourraient-ils encore t’infliger ? D’autres sont blottis les uns contre les autres pour avoir moins peur. Ils se sont nourris de tes souffrances jusqu’à la moindre miette. Maintenant, ils attendent pour recueillir ton dernier souffle. Ensuite, ils pourront se vanter : « Nous y étions, nous avons tout vu ! »

« Tu crois qu’il est mort ? Mais non, regarde le bout de ses doigts bouge encore. On voit bien qu’il respire avec difficulté. Je crois qu’il n’en a plus pour très longtemps... Vite, qu’il meure vite, parce qu’il faut que je rentre chez moi et je ne voudrais pas manquer ça. »

Ils sont toujours là, Seigneur. Ils continuent à jacasser tant et si bien que très peu sont ceux qui entendront tes dernières paroles. Ils auraient pourtant dû les recueillir comme les joyaux les plus précieux du trésor que tu leur laisses.

Avant d’expirer, tu te soucies encore de ta mère et de tes disciples, veillant à ce qu’ils ne soient pas seuls après ton départ, désirant que ta mère soit la mère de tous : « Femme, voici ton fils », « voici ta mère ».

Au larron, tu fais la plus belle promesse : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis. »

Seigneur, je ne vaux pas plus cher que lui, mais je te le demande, souviens-toi de moi en ton paradis. D’ailleurs, peut-être as-tu reçu également l’autre larron.

Sur ta croix, avant ton dernier souffle, tu as encore la force de voir en ces bourreaux qui te martyrisent, des hommes qui n’ont pas compris, des hommes au cœur de pierre auxquels tu donneras un cœur de chair, grâce à ton pardon : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Jusqu’à la fin, tu montreras que tu es l’Amour.

Et puis ce cri, ton cri va retentir, un cri à déchirer l’âme. Un cri de désespoir, comme lorsque le doute s’empare de nous : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Que de fois ces paroles brûlent mes lèvres.

Quand je doute de moi.

Quand je doute des autres.

Quand je doute, pardon Seigneur, oui, quand je doute de toi.


Rends-toi plus présent, lorsque je doute de toi.

Fais grandir en moi la confiance, lorsque je doute des autres.

Donne-moi la certitude que tu es là, lorsque je doute de moi.

Toi qui as connu l’angoisse, la solitude, je te rends grâce pour les amis que tu places sur ma route. Apprends-moi à les aimer comme tu nous as aimés.

Toi, Seigneur, qui es mort d’aimer.


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun