Quatorzième station

Jésus est mis au tombeau

Lecture

Ils prirent le corps de Jésus et l’entourèrent de bandelettes avec les aromates. À l’endroit où il avait été crucifié, il y avait un jardin et dans ce jardin un tombeau neuf où personne n’avait encore été mis. Comme le tombeau était tout proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. (Jn 19, 40-42)


Méditation

Le silence règne, désormais.

La pierre est roulée. Le tombeau se referme sur le corps d’un homme, sur le corps de l’homme connu de tous pour le bien qu’il accomplissait. C’est fini, la page est tournée ; que reste-t-il de son message ? Et surtout, qu’en restera-t-il ?

On l’a bien vu, il ne valait pas plus que nous, il n’était pas plus fort que nous. Heureusement d’ailleurs, on commençait à craindre pour nous-mêmes ; il se posait trop en donneur de leçons :

« Malheurs à vous hypocrites... »
« Génération mauvaise et adultère... »
« Gens de peu de foi... »
« Engeance incrédule et pervertie... »
« Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce... »

Ces exigences étaient excessives, impossibles à atteindre :

« Aimez vos ennemis... »
« Entrez par la porte étroite... »
« Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive... »
« Vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres... »

On voit où ça l’a conduit : direct au tombeau, un tombeau fermé. C’est fini ! On peut reprendre le cours paisible de notre vie.

Le silence règne...

Le silence règne sur tant d’autres événements qui m’ont bousculé, inquiété, qui m’ont rempli de pitié et de compassion, mais qui sont désormais oubliés. Ils appartiennent au passé.

Bien sûr, je me suis attristé sur ce peuple qui mourait de faim, sur ces villes dévastées par la guerre, sur ces personnes quittant une terre hostile, sur ces pauvres errants, fuyant une dictature...

J’ai pleuré sur ces enfants torturés, sur ces enfants battus, sur ces religieux et ces religieuses assassinés, sur ces vieillards abandonnés et isolés, sur cet homme, humilié et déshonoré par la calomnie...

J’ai plaint cette famille divisée, ces chômeurs en quête de travail, cet homme ruiné qui ne peut se relever, ces malades du sida aux portes de la mort ; cette femme violée dont l’honneur et la dignité sont à jamais meurtris...

Mais le silence est retombé sur ces misères. La porte du tombeau s’est refermée sur cette souffrance qui crie. Le silence règne désormais, la porte de mon cœur, elle aussi, s’est à nouveau refermée. L’oubli est là, l’oubli a détrôné ma compassion.


Seigneur, donne-moi d’accepter que la rumeur d’un monde qui souffre vienne rompre le silence confortable dans lequel je suis parfois tenté de m’installer. Fais que cette rumeur transperce les murs épais de nos églises et pénètre le cœur de chacun de tes fidèles.


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun