Quinzième station

Il est ressuscité

Lecture

Comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et Vautre Marie vinrent visiter le sépulcre. Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre sur laquelle il s’assit. Il avait l’aspect de l’éclair et sa robe était blanche comme neige. L’ange dit aux femmes : « N’ayez pas peur. Je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit... » (Mt 28, 1-6)


Méditation

C’est fini !

Le lourd rideau est retombé.

Pas le rideau du Temple., lui s’est déchiré lorsqu’à retenti l’immense cri venu du fond de tes entrailles, juste avant que tu rendes l’esprit. Non, le rideau dont je parle, c’est celui qui a brutalement assombri l’espérance que j’avais mise en toi et m’a fait douter de la vérité de ton amour pour moi. Je le croyais éternel.

Je t’aime, figure-toi !

Aurais-je été naïf ? Peut-être ; et cependant je t’aime toujours. L’amour que j’ai pour toi, je voudrais pouvoir le crier sur les toits. J’aimerais parcourir les rues en arrêtant chaque passant pour lui dire : « Vous savez, je l’aime et voici ce qu’il a fait pour moi ! » J’irai jusqu’au bout du monde, jusqu’à l’infini des mers, dans les contrées les plus reculées pour proclamer cet amour. Oui, je t’aime... Quel bonheur de pouvoir dire « je t’aime » à quelqu’un qui seul peut comprendre le sens de ces mots parce qu’il en est la source.

Tu es venu au-devant de moi, comment pouvais-je ne pas aller à ta rencontre ? Comment résister à un amour si généreusement offert ? Tu m’as tendu la main et je m’en suis emparé, tu m’as ouvert ton cœur et je m’y suis engouffré. Dans ma détresse, je conjuguais ma vie au passé et tu m’as donné un avenir, le tien.

Tu m’as fait découvrir que l’essentiel n’est pas de vivre mais de savoir pour qui on vit. Avec toi, j’étais parvenu à reconstituer le puzzle de ma vie et le voilà sans toi, à nouveau morcelé. Tu as mis le feu à mon cœur et embrasé ma mémoire comme personne avant toi. J’ai mendié quelques miettes de ta tendresse et tu m’as comblé d’amour.

Dans l’épaisse nuit de mon désespoir ton absence m’obsède. Ta voix à chaque instant résonne en moi. Je ne cesse de me redire, encore et encore, les paroles qui me remplirent de tant d’espérance, parce qu’elles avaient donné un sens à ma vie. Je revis les moments de bonheur que j’eus le privilège de connaître auprès de toi. Mais j’ai peur, peur que ma mémoire ne s’étiole et qu’un jour j’oublie le timbre de ta voix, les traits de ton visage. Je t’en prie, ne me quitte pas ! Je ne puis plus me passer de ta présence.

Désormais me voici seul, abandonné une fois encore, orphelin ! N’aurais-je été pour toi qu’un jouet ?

Serais-tu un imposteur ? Un menteur ? Je ne peux et je ne veux le croire.

Mais ! Mais quelle est cette main posée, là, sur mon épaule ? Je ne te connais pas, qui es-tu ?

« Tu ne me reconnais pas, mais moi, je sais qui tu es. Je veux que tu saches que celui que tu pleures est vivant et t’aime plus encore. C’est pour t’en donner la preuve qu’il s’est livré. Ceux qui l’ont mis à mort pour le faire taire, lui ont donné la parole pour l’éternité. Ne reste pas là, le nez collé à ta tristesse. Regarde autour de toi et tu le trouveras. Il te dira que le secret du bonheur, c’est de faire celui des autres.

Tu le retrouveras dans le sourire d’un enfant ou le regard d’un vieillard, dans l’amour partagé ou le pardon donné, dans le jour qui se lève et l’espoir retrouvé, dans le printemps qui frémit ou la cascade qui bondit.

Il est la source de toute vie et de tout amour.

Je le vois dans tes yeux qui pétillent de lui, je le vois dans ton sourire qui a chassé ta tristesse.

C’est lui, c’est Jésus-Christ, il met sur tes lèvres ces mots qu’il invente et qu’il t’invite à chanter :


Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie, la vie.

Je l’aime à la folie, je l’aime à la folie, ta vie, ô Jésus-Christ ! »


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun