Deuxième station

Jésus est chargé de sa croix

Lecture

Après s’être moqué de Jésus, ils lui ôtèrent le vêtement de pourpre, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier. (Mt 27, 31)


Méditation

Combien peut-elle peser cette croix que le condamné porte si péniblement sur son pauvre dos meurtri ? Dix, vingt, trente kilos ? Et le bois ? Dans quel bois a-t-elle été taillée ? Et par qui ? Savait-il celui-là quel homme serait cloué sur la croix qu’il fabriquait ? Voilà les questions qu’un bon journaliste aurait dû poser s’il avait été présent le jour de l’événement.

Le menuisier ? Oh ! Il ne s’est pas donné beaucoup de peine, tu le sais bien toi qui es du métier. Menuisier, charpentier, c’est bien la même chose, on travaille le bois. Quelques coups de scie, et terminé. Deux grossiers morceaux de bois ont suffi, bruts, sans finition, couverts d’échardes.

Mais elle deviendra célèbre ta croix, demain on la représentera : belle, taillée dans du bois des îles bien poli. Parfois elle sera revêtue de métaux précieux, scintillante, une véritable œuvre d’art, quoi ! On pourra s’en procurer de toutes les tailles, de tous les poids pour les porter autour du cou, accrochées à une oreille. L’essentiel étant qu’elle ne soit pas trop lourde.

Combien pèse ta croix ? Qui le sait ?

Toi seul connais le poids de la haine, du mensonge, de l’injustice, de l’égoïsme, de la jalousie, du désespoir et du doute, du refus de pardonner, d’aimer et de se laisser aimer. Toi seul !

Cette croix dont le poids est incalculable nous révèle qu’il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Combien pèse ta croix ? Je ne saurais pas répondre à cette question. En revanche, ce que je sais, c’est la part de poids dont je suis la cause, le poids de mon péché. C’est fou ce qu’elle est solide ta croix ! Elle supporte à elle seule mon péché et tout le péché du monde.

Que tu es fort, Seigneur, pour porter seul une croix si chargée ! D’où te vient cette force ? Une telle force ?

Veux-tu me donner un peu de « ta » force pour traîner « ma » croix !

Celle de mes peurs, de mes si nombreuses peurs. Peur d’être seul, peur d’être malade, de vieillir, de mourir, peur d’être abandonné, rejeté, peur de ne pas réussir, peur de ne pas être reconnu, accepté, peur de ne plus être aimé... Oh, oui ! Autant de peurs qui m’étreignent.

Et puis aussi, la croix de mes pourquoi ! Pourquoi la souffrance ? Pourquoi la guerre et la violence ?

Je ne parlerai pas de la croix de mes révoltes...


Oui, Seigneur, donne-moi un peu de ta force, toi qui connais l’art des proportions quand tu fais nos épaules à la taille de notre croix.

Fais que je ne perde jamais l’espoir.

Il n’y a pas d’ombre sans lumière. Dès que se profile l’ombre de la croix, c’est déjà que pointe la lumière, ta lumière, celle de la Résurrection !


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun