Troisième station

Jésus tombe pour la première fois

Lecture

Seigneur, entends ma prière : dans ta fidélité, écoute mes appels et réponds-moi ! L’ennemi cherche ma perte, il foule au sol ma vie ; le souffle en moi s’épuise, mon cœur au fond de moi est rempli de terreur. Je tends les mains vers toi. Vite, réponds-moi Seigneur : je suis à bout de souffle ! Fais que j’entende au matin ton amour, car je compte sur toi. Ton souffle est bienfaisant, qu’il me guide en un pays de plaines. (Ps 143 (142), 1-10)


Méditation

Écoute-les, Seigneur, écoute-les donc !

« Enfin ! Enfin il a craqué. Il y en a assez de ces donneurs de leçons. Il est facile de désigner les faiblesses des autres, lorsque soi-même on se sait épargné, protégé. Ah ! Il se dit le Fils de Dieu ! Alors, il peut tout endurer, son Père est là pour le secourir, adoucir les coups de fouet, alléger le poids de la croix, transformer sous ses pieds un sentier rocailleux en chemin de sable fin. Facile, non ? Jamais la moindre défaillance, jamais possible de le prendre en défaut, celui-là. Eh bien, non ! Enfin, il a craqué, il est bien comme tout le monde ! »

Regarde-toi, Seigneur, regarde-toi !

Et s’ils avaient raison ? Tu es désormais seul. Que fait-il ton Dieu que tu appelais Père ? Lui aussi t’aurait-il abandonné ? Qui de vous deux nous a trompés ? Toi, ou lui ? À moins qu’il ne t’ait trompé aussi ? Qu’importe ! Tu es là, terrassé, à bout de souffle... Tu as craqué !

Mais moi, je sais pourquoi Tu t’es voulu un Dieu de faiblesse. Tu as désiré connaître jusqu’à l’humiliation pour te faire plus proche de nous. Tu as choisi de marcher avec nous sur les chemins du désespoir pour nous entraîner ensuite à tes côtés sur ceux de l’espérance. Tu as traversé les murailles de la mort pour nous ouvrir grandes, les portes de la vie. Alors, s’il est vrai que tu as craqué, comme ils disent, c’est pour venir nous chercher au fond de nos tombeaux.

Et moi, Seigneur, et moi ! Regarde-moi, fais-moi simplement l’aumône d’un regard.

Que de fois il m’arrive de craquer, de tomber, et pourquoi ne pas dire le mot qui brûle les lèvres, de pécher !

J’ai l’impression de passer plus de temps à terre que debout. Je me redresse, fort de nouvelles résolutions, je fais quelques pas, et vlan ! me voilà encore terrassé. Et à chaque fois, ça fait mal, très mal.

Pour ne pas prendre de nouveaux risques de tomber, le mieux serait de rester à terre. J’avoue être parfois tenté. Ce serait tellement plus simple ! Pourtant je sais très bien que pour avancer il faut se tenir debout et prendre le risque du déséquilibre en mettant un pied devant l’autre.

D’autres, et non des moindres, sont tombés aussi. Judas et Pierre. Judas n’a pas cru à ton amour qui n’a d’égal que ta capacité à pardonner. Il est allé se pendre. Saint Pierre, le grand saint Pierre en personne, a chuté. Il t’a renié ouvertement, mais il a aussi regretté amèrement sa faute. Parce qu’il croyait en ton amour, il croyait aussi en ton pardon. C’est ce pécheur-là que tu as choisi pour lui confier ton Église. Celui qui a connu l’épreuve du péché et la grâce du pardon.

Alors, pourquoi pas moi ?


Seigneur ; aide-moi à regarder en face la cause de mes chutes.

Aide-moi à me tenir debout.

Quand je tombe, donne-moi le courage de relever la tête, de me remettre en route sans jamais oublier que je n’avance pas tout seul.

Tu es là, toi mon Seigneur !


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun