Sixième station

Véronique essuie le visage de Jésus

Lecture

Des multitudes avaient été saisies d’épouvante à la vue de mon serviteur, car il n’avait plus visage d’homme, son apparence n’était plus celle d’un homme ; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous aurait séduits ; objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, habitué de la souffrance, comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous ne nous intéressions pas à lui.
Mais voici que mon serviteur prospérera, il grandira, s’élèvera, sera placé très haut. (Is 52, 13 - 53, 3)


Méditation

Véronique, elle, n’a pas attendu d’être réquisitionnée d’office comme Simon de Cyrène. C’est spontanément qu’elle est allée au-devant de Jésus pour essuyer son visage. Elle n’a pas craint d’affronter l’autorité militaire pour s’approcher du condamné. Elle ne s’est pas contentée d’être là sur son passage en spectatrice comme tous ces voyeurs.

Par ce geste maternel, elle a montré que tous ne l’avaient pas abandonné, que certains de ses amis qui étaient là, impuissants, l’aimaient encore, l’aimeraient toujours.

Elle n’est pas assez forte pour porter avec lui la croix, mais sans doute son geste en aura-t-il allégé le poids.

Elle ne s’est pas laissée arrêter par son premier mouvement de dégoût devant ce qu’il est devenu et ce qu’ils ont fait de lui.

Il est si souvent difficile de le reconnaître sous le visage de ceux que nous côtoyons.

« Je cherche ton visage, Seigneur ! Ne me cache pas ton visage ! » (Ps 26)

Elle a faim, il a soif : c’est le Christ.
Il est nu : c’est le Christ.
Il est étranger : c’est le Christ.
Il est en prison : c’est le Christ.

« Je cherche ton visage, Seigneur ! Ne me cache pas ton visage ! » (Ps 26)

Elle agonise sur un lit d’hôpital : c’est le Christ.
Il est sale, il sent mauvais, il mendie : c’est le Christ.
Il a été torturé à mort : c’est le Christ.
Elle se drogue : c’est le Christ.

« Je cherche ton visage, Seigneur ! Ne me cache pas ton visage ! » (Ps 26)

Comment reconnaître ton visage défiguré chez chacune de ces personnes ? Et pourtant tu nous appelles, comme tu l’as fait toi-même, à aller vers elles. Tu n’as pas eu peur du lépreux. En le guérissant, tu lui as permis de retrouver sa place parmi les hommes. Outrepassant la tradition de ton peuple, tu as osé adresser la parole à la Samaritaine. Tu n’as pas craint d’affronter la violence du possédé...


À ton exemple, Seigneur, fais que je sois capable de surmonter ce qui me rebute chez les autres pour découvrir ce qu’il y a de toi en eux. Aide-moi à aller vers ceux dont je préférerais me détourner. Il y en a tant à côté desquels je voudrais passer sans les voir.

C’est pourtant vers ceux-là que tu m’envoies, Seigneur. Je suis auprès d’eux, les relais de ton amour.


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun