Septième station

Jésus tombe pour la deuxième fois

Lecture

Tous ceux qui voulaient condamner la femme adultère se retirèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et Jésus resta seul avec la femme, qui était toujours là. Alors, se redressant, il lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » « Personne, Seigneur », répondit-elle. « Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. » (Jn 8, 9-11)


Méditation

Et voilà, une seconde chute, c’était inévitable : après être parvenu à se remettre debout, à retrouver sa dignité d’homme, le voici à nouveau terrassé, sans forces, avili. Il est à bout c’est évident. Son beau regard est vide. Ce qui le consume, ce n’est pas le poids de sa croix, ce ne sont pas ses pieds ensanglantés, ce ne sont même pas les brûlures des ronces qu’ils lui ont enfoncé dans la tête en guise de couronne. Non, rien de tout cela ne le fait plus souffrir que ce profond sentiment d’abandon.

Qu’y a-t-il de plus crucifiant que d’aimer sans retour ?

Ce Jésus semblait invulnérable, tout puissant, supérieur à tout homme, voilà qu’il dévoile pour la seconde fois, combien il est faible. Il n’est pas plus résistant que les autres ! Tous les regards posés sur lui se remplissent de mépris. « Nous voilà rassurés, il ne vaut pas mieux que nous... »

On aurait pu croire, quand on l’a vu se relever après une première chute, que ce n’était qu’une simple défaillance. Eh bien non ! Il est vraiment faible, il ne peut garder la tête haute sur le chemin de sa passion.

Devant les scribes, les pharisiens, il semblait dominer. Aucune maladie ne lui résistait, aucun démon ne pouvait lui tenir tête. Mais maintenant, anéanti sous le poids de sa croix, il est vaincu.

Lui vaincu, que reste-t-il de moi ?

À quoi bon lutter ? À quoi bon tenter de rassembler toute son énergie, toute sa volonté si c’est pour toujours s’engluer dans les mêmes ornières, un peu comme si le même obstacle devait toujours me broyer, me réduire à néant. Il n’y a rien à faire, ce chemin qui s’ouvre devant moi est trop difficile. La vie n’est qu’une suite de chutes identiques, toujours plus douloureuses. J’ai beau repartir, mes forces sont éphémères. Où puiser de l’espoir dans tout cela, comment oser parler de bonheur ?

Je suis seul, sans soutien, sans amour, non reconnu... « Dieu m’a abandonné, il n’est plus là. Je ne vaux rien, je suis un incapable. Mes péchés sont toujours les mêmes, je n’arrive pas à les vaincre et à m’en séparer. Chaque effort est voué tôt ou tard à l’échec. Alors tant pis, à quoi bon lutter ?... »

Péniblement, Jésus se remet à marcher. Au prix d’un immense effort, il reprend le chemin de sa passion. Son amour est plus puissant, son amour est vainqueur.

Puisque lui, Jésus, s’est relevé, alors pourquoi pas moi ? Pourquoi je ne parviendrais pas moi aussi à avancer malgré le poids de mes fautes. Bien sûr, ce n’est pas ainsi que je marcherais d’un pas léger. Je peux dire que mon péché me leste, m’enfonce dans la terre. L’essentiel c’est d’aller de l’avant, même avec des semelles de plomb. Oui, c’est un peu ça le péché, des semelles de plomb qui rendent mon pas toujours plus lent. Allez donc essayer de courir avec des semelles de plomb !

Mais je sais que le pardon ne s’use que si l’on ne s’en sert pas, et les réserves de pardon de Dieu sont inépuisables. C’est un trésor qui se renouvelle sans cesse pour permettre à chaque homme de reprendre sa route. Même lorsque je commets la même faute, Dieu sans se lasser est là pour me prodiguer sa miséricorde.


Ta justice, Seigneur, n’est pas une justice humaine.

Personne n’est définitivement enfermé dans son passé, seuls sont prisonniers de leur échec ceux qui ont perdu toute espérance. Epargne-moi cette épreuve, Seigneur !


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun