Huitième station

Jésus et les femmes de Jérusalem

Lecture

Le peuple, en grande foule, suivait Jésus, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Mais, se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » (Lc 23, 27-28)


Méditation

Et cette foule ! Cette foule dont la fièvre ne cesse de grandir !

D’où peut bien venir la furie qui s’est emparée d’elle ?

Elle est déchaînée contre le condamné. Tous ces gens sont là à vociférer, seules quelques femmes pleurent.

En silence.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de celles qui en ont fait leur métier, les pleureuses professionnelles, exubérantes et superficielles, de bonnes comédiennes, quoi ! Non, celles qui pleurent en silence expriment leur incompréhension devant tant d’injustice et leur compassion pour le condamné.

Pourquoi vouloir tuer cet homme, cet homme qui ne respire que bonté et amour ? Pourquoi rejeter l’amour et choisir la haine ? Le remords, la tristesse, le désespoir... et les larmes qui témoignent de cette souffrance. Cet homme chargé de sa croix inspire la compassion, la pitié. Pauvre homme ! Pourquoi le faire souffrir ? Pourquoi ne pas le soulager ?

Mais voilà, Jésus ne demande pas que l’on pleure sur lui.

Il n’a que faire de la pitié. Elle est humiliante ! Qui accepterait d’être aimé par pitié ? Peut-on alors parler d’amour ?

Ce que Jésus désire, c’est d’être aimé. Ce n’est pas parce qu’il a pitié de nous qu’il nous aime mais parce qu’il sait que nous ne pouvons pas vivre sans lui, sans son amour.

Il n’a pas guéri le paralytique seulement par compassion ; son regard a croisé la souffrance d’un homme malade et il a découvert son cœur blessé ; l’élan de son amour l’a poussé vers lui et l’a conduit à le sortir de sa détresse.

Sa passion pour les autres était manifeste quand il a appris la mort de son ami Lazare ; devant les pleurs et la peine de ses deux sœurs, Marthe et Marie, son cœur s’est rempli de tristesse : oui, il l’aimait ce Lazare ! Jusqu’à pleurer devant sa tombe fermée. Ce Lazare qui n’est plus. C’est parce qu’il l’aime qu’il lui redonne la vie.

Jésus ne demande pas que l’on pleure sur lui.

Ce n’est pas lui-même qui doit inspirer les larmes et la tristesse. Il le dit avec force : « Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! »

Si je dois pleurer, ce n’est pas sur lui, mais sur moi-même. Je suis la cause de ses souffrances. Sur ses épaules repose le poids de mes refus d’aimer, de mes rejets, de mon indifférence. Il porte le poids des larmes que je n’ai pas versées sur moi-même ou sur les autres à cause de mes aveuglements, parce que je n’ai pas su regarder, écouter, aimer !

Mon regard se tourne vers le Christ qui gravit le chemin de sa passion. Mais il ne doit pas s’arrêter sur lui.

Jésus convertit mon regard de compassion en un regard d’amour pour tous les hommes. Je ne dois pas rester planté là, à pleurer sur cet homme accablé, mais marcher à sa suite pour faire d’un chemin de croix un chemin de vie.

Quand les disciples sont tentés de rester là, Jésus les renvoie vers les autres. À Marie de Magdala, Jésus demande de ne pas pleurer : « va trouver mes frères ».


Seigneur, donne-moi de savoir pleurer sur moi-même ; si mon regard devait en être troublé, je sais que tu lui redonnerais sa limpidité car toi seul es l’unique et véritable consolateur.


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun